The Michauds say goodbye to their home

BombardementTours1940The city of Tours, France, summer 1940. Paris was not to suffer much physically from the war, but the civilians who fled could not know that. Many refugees from Paris unluckily found themselves in Tours when the Germans bombed it

[June 1940. The Michauds are a middle-aged couple who like tens of thousands of other Parisians are about to flee Paris on foot as the city is attacked by the Nazis.]

The Michauds had gotten up at five o'clock in the morning to have time to clean the apartment thoroughly before they left. Of course it was strange to take so much care over worthless things that would almost certainly vanish as soon as the first bombs fell on Paris. But, thought Mme Michaud, we do dress the dead who are going to rot in the ground, and make them look good. It's a last homage, an ultimate proof of love for what was dear to us. And this apartment was very dear to them. They had been living there for sixteen years. They could not take all their memories and keepsakes with them. Try as they might, the best would stay here within these poor walls.

Irène Némirovsky (1903-1942), Suite française. This is my own translation but there is an excellent English translation by Sandra Smith 

Les Michaud s'étaient levés à cinq heures du matin pour avoir le temps de faire l'appartement à fond avant de le quitter. Il était évidemment étrange de prendre tant de soin de choses sans valeur et condamnées, selon toutes probabilités, à disparaître dès que les premières bombes tomberaient sur Paris. Mais, pensait Mme Michaud, on habille et on pare bien les morts qui sont destinés à pourrir dans la terre. C'est un dernier hommage, une preuve suprême d'amour à ce qui fut cher. Or ce petit appartement leur était bien cher. Ils y vivaient depuis seize ans. Ils ne pourraient pas emmener avec eux tous leurs souvenirs. Ils auraient beau faire, les meilleurs resteraient ici, entre ces pauvres mur.


Victor Hugo: Did you feel it too?

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Fathers, mothers, whose soul has suffered my suffering,
everything I felt, did you feel it too?

  --Victor Hugo (1802-1885). His beloved eldest daughter Léopoldine and her young husband drowned in the Seine shortly after their marriage. Victor Hugo found out about it in a newspaper while traveling. He never got over her death.

Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,
tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé?


Pancol: Pain makes us grow

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We curse our hardships, but we don't realize, when they happen to us, that they will make us grow, and take us further. We don't want to know that. The pain is too great for us to see any virtue in it. But after the pain has gone, we look back in awe at the distance we have come because of it.

     --French romance novel writer Katherine Pancol (1954- ) in Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi [Central Park squirrels are sad on Mondays], part of "The Josephine Trilogy"

On maudit une épreuve, mais on ne sait pas, quand elle nous arrive, qu'elle va nous faire grandir et nous emmener ailleurs. On ne veut pas le savoir. La douleur est trop forte pour qu'on lui reconnaisse une vertu. C'est quand la douleur est passée, qu'on se retourne et qu'on considère, ébahi, le long chemin qu'elle nous a fait parcourir.

 


Colette: You victoriously resist tears... and then....

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How strange it is, you can resist tears victoriously, you can carry yourself very well at the most difficult moments. And then... you find a flower in bloom that was still closed the day before, -- a letter falls from a drawer, -- and everything falls apart.

  --French writer Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) in a letter sent to her friend Marguerite Moreno, who had just lost her husband. Colette was referring to her own mother's letter. Incident described in Colette et Sido: le dialogue par l'écriture (2009), by Graciela Conte-Stirling.

Que c'est curieux, on résiste victorieusement aux larmes, on se "tient" très bien aux minutes les plus dures. Et puis... on découvre, fleurie, une fleur encore fermée la veille, -- une lettre tombe d'un tiroir, -- et tout tombe.


Lamartine: One person is missing, and everything is unpeopled

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Loneliness

...my indifferent soul feels no charm or thrill
at these sweet scenes;
I contemplate the earth like a wandering shadow.
The sun of the living does not warm the dead.

From hill to hill, in vain, my glance turns,
from the south to the north wind, from the dawn to the sunset,
I turn through all the points of this vast expanse,
and I think, "No happiness awaits me anywhere."

What do they do for me, these palaces and cottages?
Useless things, whose charm for me has fled.
Rivers, rocks, forests, solitudes once so dear,
a single being is missing, and everything is forlorn!

Whether the sun's journey is beginning or ending,
I follow its path with an indifferent eye;
in a dark sky or a cloudless one, whether it sets or it rises,
what does the sun matter? I expect nothing from the days.

If I could follow the sun on its endless course,
my eyes would see emptiness and desert everywhere;
I wish for nothing of all that it lights up;
I ask nothing of the immense universe.

But perhaps beyond the bounds of its sphere,
in places where the true sun lights up other skies,
if I could leave my carcass on the earth,
what I have so dreamed of would appear to my eyes!

....Why should I stay in the land of exile?
There is nothing in common between the earth and me.

When the forest leaf falls in the meadow,
the evening wind rises and tears it away from the valleys;
and I, I am like that withered leaf:
carry me off like the leaf, stormy north winds!

            --Alphonse de Lamartine (1790-1869). You can read the entire translation here.

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L'Isolement

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ; 
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
Je ne demande rien à l'immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puîs-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !


Sabine Sicaud: Speak to you? I cannot.

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Speak to you? No. I cannot.
I prefer to suffer like a plant,
like the bird that says nothing on the linden tree.
They wait. That's fine. Since they aren't tired
of waiting, I'll wait, with the same waiting.

They suffer alone. One should learn how to suffer alone.
I don't want indifferent people ready to smile
nor friends moaning. No one come.

The plant says nothing. The bird is silent. What would they say?
This pain is alone in the world, whatever one wants.
It is not the pain of others, it is mine.

A leaf has its ache that the other leaf ignores.
And the bird's ache-- the other bird knows nothing of it.

One doesn't know. One doesn't know. Who is like another?
And if they were, what matter. This evening
I don't want to hear a single vain word.

I wait--like the old motionless tree
and the mute finch behind the window...
A drop of pure water, a little wind, who knows?
What are they waiting for? We will wait for it together.
The sun has told them it will come back, perhaps....

         --Sabine Sicaud (1913-1928) was a precocious French girl who died at 15 after much suffering.

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.

Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entendre ce soir nulle parole vaine.

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...


Théophile Gautier: No force can annihilate what once was

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"Oh! When you stopped at the archeological museum to contemplate the piece of hardened mud that conserves my form," said Arria Marcella, turning her long humid glance toward Octavian, "and when your thought flew ardently toward me, my soul felt it in that world where I float, invisible to common eyes; belief creates the god, and love creates the woman. One is not really dead until one is no longer loved. Your desire brought me back to life. The powerful evocation of your heart erased the distances that separated us."

Tanmanphoto_091707_mg_1221b8x8incheThe idea of amorous evocation that the young woman expressed agreed with the philosophical beliefs of Octavian, beliefs which we are not far from sharing.

In fact, nothing dies, everything exists forever; no force can annihilate what once was. Every action, every word, every form, every thought fallen into the universal ocean of things produces circles that go on enlarging to the edge of eternity. The material figure does not disappear except to the common glance, and the specters that detach themselves from it people infinity. Paris continues to abduct Helen in an unknown region of space. Cleopatra's galley swells its silken sails over the azure of an ideal Cydnus. Certain impassioned and powerful spirits have been able to bring back to themselves centuries that seemed vanished, and revive those who were dead to all. Faust had for a mistress the daughter of Tyndareus and led her to his Gothic castle, at the bottom of the mysterious abysses of Hades. Octavian had just lived one day under the reign of Titus and had been loved by Arria Marcella, daughter of Arrius Diomedes, lying at this moment next to him on an ancient bed in a town the world considered destroyed.

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       --Théophile Gautier (1811-1872), in short story "Arria Marcella," about a young man of the 1800s who falls in love with a beauty from dead Pompeii.  This is my translation, but the whole story is translated in My Fantoms by Richard Holmes (1945- ), as he describes in the New York Review of Books (14 August 2008).

"Oh! lorsque tu t'es arrêté aux Studj à contempler le morceau de boue durcie qui conserve ma forme," dit Arria Marcella en tournant son long regard humide vers Octavien, "et que ta pensée s'est élancée ardemment vers moi, mon âme l'a senti dans ce monde où je flotte invisible pour les yeux grossiers; la croyance fait le dieu, et l'amour fait la femme. On n'est véritablement morte que quand on n'est plus aimée, ton désir m'a rendu la vie, la puissante évocation de ton coeur a supprimé les distances qui nous séparaient."

L'idée d'évocation amoureuse qu'exprimait la jeune femme rentrait dans les croyances philosophiques d'Octavien, croyances que nous ne sommes pas loin de partager.Nasa_megeath_robberto

En effet, rien ne meurt, tout existe toujours ; nulle force ne peut anéantir ce qui fut une fois. Toute action, toute parole, toute forme, toute pensée tombée dans l'océan universel des choses y produit des cercles qui vont s'élargissant jusqu'aux confins de l'éternité. La figuration matérielle ne disparaît que pour les regards vulgaires, et les spectres qui s'en détachent peuplent l'infini. Pâris continue d'enlever Hélène dans une région inconnue de l'espace. La galère de Cléopâtre gonfle ses voiles de soie sur l'azur d'un Cydnus idéal. Quelques esprits passionnés et puissants ont pu amener à eux des siècles écoulés en apparence, et faire revivre des personnages morts pour tous. Faust a eu pour maîtresse la fille de Tyndare et l'a conduite à son château gothique, du fond des abîmes mystérieux de l'Hadès. Octavien venait de vivre un jour sous le règne de Titus et de se faire aimer d'Arria Marcella, fille d'Arrius Diomèdes, couchée en ce moment près de lui sur un lit antique dans une ville détruite pour tout le monde.


Georges Moustaki: Grandfathers

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It's for you that I play Grandfather-- it's for you.
All the others hear me but you, you listen.
We're made of the same wood, we have the same blood,
and I carry your name and you are a little bit me.

Exiled from Corfu and Constantinople,
Ulysses who never retraced his steps,
I am from your country, a métèque like you,
a child of the child that Penelope bore you.

You were already old when I was just born,
arriving just in time to take up the relay.
And I will end up one day resembling
the photo where you posed as an ancestor.

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It's for you that I play Grandfather, it's for you
that I slide my fingers along my six strings
to awaken a tranquil single-chord tune
that's all that I know to do with my ten fingers.

Master of laziness, expert at poaching,
like you I have lived in the shadow of boats
and to make a feast I would steal birds
that the sea wind brought me from the deep

Like you I ran after girls and dreams
drinking at each stream I crossed
and without ever really quenching my thirst
without ever tiring of sowing my seed.

It's for you that I play Grandfather, it's for you.
To put back in the present all that has passed
since I began to speak only French
and I write songs you don't understand

It's for you I play Grandfather, it's for you.
All the others surround me but you wait for me
even though you are far off in space and in time
when it's time to die we'll find each other again.

      --Georges Moustaki (1934- ), written in 1969. He was born to Greek Jews in Alexandria, Egypt, and became a famous singer in French.

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C'est pour toi que je joue Grandpère c'est pour toi
Tous les autres m'écoutent mais toi tu m'entends
On est du même bois on est du même sang
Et je porte ton nom et tu es un peu moi

Exilé de Corfou et de Constantinople
Ulysse qui jamais ne revint sur ses pas
Je suis de ton pays, métèque comme toi
Un enfant de l'enfant que te fit Pénélope

Tu étais déjà vieux quand je venais de naître
Arrivé juste à temps pour prendre le relais
Et je finirai bien un jour par ressembler
A la photo où tu as posé à l'ancêtre

C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Que je glisse mes doigts le long de mes six cordes
Pour réveiller un air tranquille et monocorde
C'est tout ce que je sais faire de mes dix doigts

Maître en oisiveté expert en braconnage
Comme toi j'ai vécu à l'ombre des bateaux
Et pour faire un festin je volais les oiseaux
Que le vent de la mer me ramenait du large

Comme toi j'ai couru les filles et les rêves
Buvant à chaque source que je rencontrais
Et sans être jamais vraiment désaltéré
Sans jamais être las de répandre ma sève

C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Pour remettre au présent tout ce qui est passé
Depuis que je ne parle plus que le français
Et j'écris des chansons que tu ne comprends pas

C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Tous les autres m'entourent mais toi tu m'attends
Même si tu es loin dans l'espace et le temps
Quand il faudra mourir on se retrouvera.


Marguerite d'Angoulême: I think of nothing but my grief

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Alas! I am so unhappy
that I cannot speak my misery
except to say that it's hopeless:
despair is already at the door
to throw me to the bottom of the well
where it seems there is no escape.

My eyes are throwing out so many tears
that they don't see the earth or the sky,
there is such an abundance of weeping.
My mouth is lamenting everywhere,
from my heart nothing better comes out
than sighs with no relief.

Sadness with its great efforts
has made my body so weak
that it has no energy or power.
It is like one of the dead,
so that seeing it from the outside,
one loses all recognition.

I have nothing left but the sad voice
that I hear myself crying with,
lamenting the terrible absence.
Alas! I have lost the happy presence
of the one I lived for
and saw with such good heart!

I am sure that his spirit
reigns with his ruler Jesus Christ
contemplating the divine essence.
How much will his body be ordered
the promises of the Holy Writ
will make it live in heaven without doubt.

While he was healthy and strong,
faith was his comfort.
His God he possessed by belief.
In this lively faith he died,
which has brought him to the very sure port
where he has the knowledge of God.

But alas! my body is banished
from him with whom it was united
since the time of our childhood!
My hope also is punished,
when it finds itself stripped
of his, full of all knowledge.

Mind and body are full of mourning,
so much that they are changed to laments;
only weeping is my face.
I cry in the woods and in the plains,
to heaven and earth I complain,
I think of nothing but my grief.

Death, who has played me such an evil trick
to beat down my force and my tower,
all my refuge and my defense,
has not known how to ruin my love
which I feel growing night and day,
which my sorrow makes grow and advance.

My pain cannot be revealed
and it is so hard for me to swallow it
that I lose all patience about it.
I must not talk about it any more,
but think about going soon
to where God has put him through his mercy.

O Death, who vanquished the brother,
come then by your great goodness
to pierce the sister with your lance.
My grief will be beaten by you;
for when I have added up everything
I want to fight you to the death.

Come then, don't delay,
but hurry with very big steps to get here,
I send you my challenge,
since my brother is in your nets.
Take me so that a single solace
gives gladness to both.

     --Marguerite d'Angoulême (also known as Marguerite de Navarre) after the death of her beloved brother, French king François Ier , whom she had once rescued from captivity in Spain.

Las ! tant malheureuse je suis,
Que mon malheur dire ne puis,
Sinon qu'il est sans espérance :
Désespoir est déjà à l'huis
Pour me jeter au fond du puits
Où n'a d'en saillir apparence.

Tant de larmes jettent mes yeux
Qu'ils ne voient terre ni cieux,
Telle est de leur pleur abondance.
Ma bouche se plaint en tous lieux,
De mon coeur ne peut saillir mieux
Que soupirs sans nulle allégeance.

Tristesse par ses grands efforts
A rendu si faible mon corps
Qu'il n'a ni vertu ni puissance.
Il est semblable à l'un des morts,
Tant que le voyant par dehors,
L'on perd de lui la connaissance.

Je n'ai plus que la triste voix
De laquelle crier m'en vois,
En lamentant la dure absence.
Las ! de celui pour qui vivais
Que de si bon coeur je voyais,
J'ai perdu l'heureuse présence !

Sûre je suis que son esprit
Règne avec son chef Jésus-Christ,
Contemplant la divine essence.
Combien que son corps soit prescrit,
Les promesses du saint Écrit
Le font vivre au ciel sans doutance.

Tandis qu'il était sain et fort,
La foi était son réconfort,
Son Dieu possédait par créance.
En cette foi vive il est mort,
Qui l'a conduit au très sûr port,
Où il a de Dieu jouissance.

Mais, hélas ! mon corps est banni
Du sien auquel il fut uni
Depuis le temps de notre enfance !
Mon espoir aussi est puni,
Quand il se trouve dégarni
Du sien plein de toute science.

Esprit et corps de deuil sont pleins,
Tant qu'ils sont convertis en plains ;
Seul pleurer est ma contenance.
Je crie par bois et par plains,
Au ciel et terre me complains,
A rien fors à mon deuil ne pense.

Mort, qui m'a fait si mauvais tour
D'abattre ma force et ma tour,
Tout mon refuge et ma défense,
N'as su ruiner mon amour
Que je sens croître nuit et jour,
Qui ma douleur croît et avance.

Mon mal ne se peut révéler,
Et m'est si dur à l'avaler,
Que j'en perds toute patience.
Il ne m'en faut donc plus parler,
Mais penser de bientôt aller,
Où Dieu l'a mis par sa clémence.

Ô Mort, qui le frère a dompté,
Viens donc par ta grande bonté
Transpercer la soeur de ta lance.
Mon deuil par toi soit surmonté ;
Car quand j'ai bien le tout compté,
Combattre te veux à outrance.

Viens doncques, ne retarde pas,
Mais cours la poste à bien grands pas,
Je t'envoie ma défiance.
Puisque mon frère est en tes lacs,
Prends-moi, afin qu'un seul soulas
Donne à tous deux éjouissance.


Lamartine: Man has no harbor, Time has no shore

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The Lake

So then, forever pushed toward new shores like this,
swept away into eternal night without return
on the ocean of the ages-- can we never
cast anchor for a single day?

O lake! the year is scarcely over,
and near the beloved waters that she should have seen again,
look! I've come alone to sit on this stone
where you saw her sitting!

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You groaned the same way then under these deep rocks;
you broke the same way on their torn flanks;
the wind threw the foam from your waves the same way
on her adored feet.

One evening, do you remember? We were floating in silence;
on the waves, beneath the sky, there was nothing to hear but
the distant sound of oarsmen beating in rhythm
against your harmonious waves.

Suddenly unearthly accents
came echoing from the enchanted shore:
the water listened, and the voice that I love
let fall these words:

"O time, suspend your flight! and you, happy hours,
suspend your race:
let us savor the fleet delights
of our fairest days!

"Enough unhappy people here beg you--
rush, rush for them;
take their days and the cares that devour them--
forget the happy people.

"But I ask in vain for a few more moments,
time escapes me and flees;
I say to this night: Be slower; and dawn
comes to melt the night.

"Let us love then, let us love! let us revel in
the flying hour-- hurry!
Man has no harbor, Time has no shore;
it flows, and we pass!"

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Envious Time, can it be that these euphoric moments,
when love pours out long surges of happiness for us,
fly away from us at the same speed
as the unhappy days?

What! Can't we at least hold on to the traces?
What! gone forever? What! completely lost?
The same Time that gave them, the same Time that erased them,
will never give them back to us?

Eternity, nothingness, Past, dark chasms,
what do you do with the days you engulf?
Speak: will you give us back that sublime ecstasy
that you snatch from us?

O lake! silent rocks! caves! dark forest!
you whom Time spares or can make young again,
beautiful Nature-- keep, keep from that night
at least the memory!

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May it be in your rest, may it be in your storms,
beautiful lake, and in the look of your smiling shoreline,
and in these black pines, and in these wild rocks
leaning over your waters.

May it be in the soft wind that shivers and passes,
in the sounds of the lake water lapping your banks,
in the silver-browed star that whitens your surface
with its soft clearness.

May the wind that groans, the reed that sighs,
may the soft scent of your fragrant air,
may everything that is heard, seen or breathed
all say: They loved!

      --Alphonse de Lamartine (1790-1869) fell in love with Julie Charles, a married woman, after rescuing her from drowning in the Lake of Bourget, in the foothills of the Alps. He fell in love with her, but she died soon afterwards. Returning to the lake in 1817, he wrote this poem, his most famous.

Le Lac


Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
dans la nuit éternelle emportés sans retour,
ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
jeter l’ancre un seul jour?

Ô lac! l’année à peine a fini sa carrière,
et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
regarde! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
où tu la vis s’asseoir!

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés;
ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il? nous voguions en silence;
on n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
du rivage charmé frappèrent les échos:
le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
laissa tomber ces mots:

« Ô temps, suspends ton vol! et vous, heures propices
suspendez votre cours:
laissez-nous savourer les rapides délices
des plus beaux de nos jours!

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
coulez, coulez pour eux;
prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
le temps m’échappe et fuit;
je dis à cette nuit: Sois plus lente ; et l’aurore
va dissiper la nuit.

"Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
hâtons-nous, jouissons!
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
il coule, et nous passons!"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
s’envolent loin de nous de la même vitesse
que les jours de malheur?

Eh quoi! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace?
Quoi! passés pour jamais? quoi ! tout entiers perdus?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
ne nous les rendra plus?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
que faites-vous des jours que vous engloutissez?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
que vous nous ravissez?

Ô lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
au moins le souvenir!

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
qui pendent sur tes eaux.

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
de ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire
que les parfums légers de ton air embaumé,
que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
tout dise: Ils ont aimé!