Blue or black, all beloved, all fair,
numberless eyes have seen the dawn;
they sleep at the bottom of graves,
and the sun still rises.
Nights, sweeter than the days,
have enchanted eyes without number;
the stars still shine
and the eyes have filled up with shadow.
Oh! No, no, it is not possible
that they have lost their vision!
They have turned their gaze somewhere else
toward what we call the Invisible;
And like the setting stars, leaving us
but staying in the sky,
the pupils have their setting,
but it is not true that they die;
Blue or black, all beloved, all fair,
open to some immense dawn,
on the other side of the grave
the eyes that we close still see.
--Sully Prudhomme (1839-1907)
Les Yeux
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.
Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d'ombre.
Oh ! qu'ils aient perdu le regard,
Non, non cela n'est pas possible!
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible;
Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux,
Les yeux qu'on ferme voient encore.






